Au printemps 2012, Sadio Mané a vingt ans. Il joue au FC Metz, en Ligue 2, et il n'est pas heureux. Le club fait une saison ratée et glisse, journée après journée, vers la relégation. Lui-même cache une pubalgie pour ne pas perdre sa place dans le groupe. Personne, à Lorraine, ne se doute encore qu'il sera vendu trois mois plus tard. Personne, sauf un homme. Son agent. Thierno Seydi. La dernière journée C'est lui qui raconte la scène, des années plus tard. La dernière journée de Ligue 2, en mai 2012. Metz est officiellement relégué en National — la troisième division française — pour la première fois de sa longue histoire. Le club est tétanisé. Les caisses sont vides. Et au milieu de ce désordre, il y a Sadio, qui ne comprend pas encore ce qui est en train de se jouer pour lui. Thierno Seydi, lui, comprend. Il sait que la relégation peut être la fin pour son jeune client. Un joueur de National à 20 ans, c'est un joueur qu'on oublie. Il faut sortir Mané de là, vite, avant que le mercato ne se referme. Mais il y a un problème. Un problème presque comique, presque incroyable. Sadio n'a pas son passeport. Le détail qui tue L'anecdote, racontée par Thierno Seydi lui-même, dit beaucoup de ce qu'était l'environnement de Mané à 20 ans. Pas de logistique. Pas d'entourage organisé. Pas de famille à proximité pour gérer les papiers. Un gamin de Bambali parachuté en Lorraine, qui ne pense qu'à jouer au foot, et dont les démarches administratives sont restées quelque part au Sénégal. À ce moment précis, Mané n'est pas un futur double Ballon d'Or africain. C'est un joueur de National en puissance sans passeport. Thierno Seydi gère ce qu'il faut gérer. On ne sait pas exactement comment — il en a parlé en interview, sans entrer dans tous les détails — mais le passeport est récupéré. Le voyage est organisé. Sadio Mané prend le bus, puis l'avion, et part disputer les Jeux olympiques de Londres avec le Sénégal en août 2012. L'in extremis Pendant les JO, l'agent travaille en parallèle. Le RB Salzbourg suit le dossier. Bernard Serin, président du FC Metz, lâche une phrase qui restera : « Si vous voulez le prendre, c'est 4 millions. » Il pense qu'aucun club n'osera mettre cette somme sur un joueur de National. Salzbourg revient. Ils mettent les quatre millions. Le 31 août 2012, à quelques minutes de la clôture officielle du mercato, Sadio Mané devient joueur du Red Bull Salzbourg. Le trou dans la caisse de Metz est comblé. La carrière de Mané est sauvée. Lui, pleure. Il dira plus tard : « J'ai pleuré comme un gamin. Je voulais rester à Metz. » Mais Thierno Seydi sait. Il dira aussi, des années plus tard : « Si je n'étais pas là, peut-être qu'on ne parlerait pas aujourd'hui de Sadio Mané. » C'est une phrase d'agent. Elle est arrogante. Elle est aussi probablement vraie. Ce qui s'est joué cette nuit-là À chaque grande carrière, il y a un nœud. Un moment où, si une seule pièce avait manqué, tout aurait basculé. Pour Sadio Mané, ce nœud n'est pas Liverpool. Ce n'est pas Anfield. Ce n'est même pas Salzbourg. C'est cette nuit de fin août 2012, où un agent court derrière un passeport pour faire passer un joueur de National à champion d'Autriche. Sans ce passeport-là, pas de Salzbourg. Sans Salzbourg, pas de Southampton. Sans Southampton, pas de Klopp. Et probablement, sans cela, pas de CAN 2021, pas de finale gagnée contre l'Égypte aux tirs au but, pas de Ballon d'Or africain, pas de génération Mané. Le 16 juin, à 19 heures heure de Dakar, Sadio Mané entrera sur le terrain du MetLife Stadium face à la France. Quatorze ans après ce mercato in extremis. Quatorze ans après une nuit que personne, à Dakar comme à Paris, n'a vraiment regardée en face.

À suivre dans la Saga Nianthio · J-28