Avant Sadio Mané, il y avait Mario Götze. Été 2016. Jürgen Klopp construit son Liverpool. Il a un nom en tête depuis longtemps, celui de Mario Götze, qu'il a fait grandir à Dortmund et qui semble enclin à le retrouver. Le dossier avance. Liverpool y croit. Puis Götze tranche : il restera en Allemagne. Il quittera Bayern pour revenir à Dortmund. Pas Anfield. Pour Klopp, la décision est claire : il y a un joueur qu'il suit depuis quatre ans, qu'il avait failli signer à Dortmund, qu'il avait vu pulvériser un record en Premier League un an plus tôt. Le 27 juin 2016, Sadio Mané est photographié sortant d'un hôpital de Liverpool, visite médicale terminée. Le lendemain, le club officialise. Trente-quatre millions de livres sterling. La presse anglaise s'agite.

Le joueur le plus cher d'Afrique À cet instant précis, Sadio Mané devient le footballeur africain le plus cher de l'histoire. Il dépasse les vingt-huit millions de livres versés par Manchester City pour Wilfried Bony un an plus tôt. La somme fait grincer des dents outre-Manche. Sur Sky Sports, on le qualifie de "streaky player" — un joueur en dents de scie. Joel Rabinowitz, journaliste spécialiste de Liverpool, résumera bien plus tard l'humeur de l'été 2016 : "Beaucoup voyaient en lui un choix qui ne suscitait pas l'enthousiasme attendu pour ce niveau de transfert." Klopp, lui, savait exactement ce qu'il faisait. Deux ans plus tôt, il avait laissé filer ce même joueur depuis son bureau de Dortmund. Cette fois, il ne se laisserait pas avoir.

34

millions de livres pour Liverpool, en juin 2016. Le joueur africain le plus cher de l'histoire à ce moment-là.

Emirates Stadium, 63e minute 14 août 2016. Première journée de Premier League. Liverpool joue à Arsenal, à l'Emirates. Score : 3-1 pour les Reds. À la soixante-troisième minute, Sadio Mané reçoit le ballon sur le flanc droit. Il prend de vitesse Nacho Monreal. Il bat Calum Chambers à l'intérieur. Il entre dans la surface, frappe du pied gauche, et le ballon termine sa course dans la lucarne opposée de Petr Čech. C'est son premier but officiel pour Liverpool. C'est aussi celui qui répond à tout — au prix, au doute, aux moqueries. Sur le banc, Klopp se prend une claque sur le visage, comme s'il n'y croyait pas. Mané court vers lui. Klopp tend le dos. Le Sénégalais saute dessus. La photo fera le tour du monde. Score final : 4-3 pour Liverpool. Le talk-show de Sky devient muet. Les forums se taisent.

La vraie raison Plus tard, dans le documentaire Made in Senegal (2020), Klopp racontera l'épisode de la casquette en Dortmund. Et il ajoutera une phrase : "Il ressemblait à un rappeur qui débute." À Liverpool, l'Allemand allait découvrir un autre Mané. Pas le rappeur. Le joueur. Cent vingt buts en deux cent soixante-neuf matchs. Une Ligue des champions en 2019. Une Premier League en 2020. Une finale africaine avec le penalty décisif à Yaoundé en 2022. Six saisons. Six trophées majeurs. L'Allemand a mis deux ans à comprendre. Liverpool l'a compris en soixante-trois minutes.


Il ressemblait à un rappeur qui débute.


Demain : la sutura. Le silence comme marque de fabrique sénégalaise.